A la rencontre des « Hommes libres »

« J’ignorais complètement que la mosquée de Paris avait protégé des juifs pendant la Deuxième Guerre Mondiale », confie Tahar Rahim, sans quitter des yeux le dessin qu’il crayonne au dos d’une assiette en carton. Beaucoup de Français étaient dans le même cas avant d’avoir vu son dernier film, « Les Hommes libres » d’Ismaël Ferroukhi, qui sort aux Etats-Unis le 16 mars. Critiqué en France pour une mise en scène parfois jugée sans relief, ce film a en effet le mérite d’évoquer un aspect méconnu de l’histoire : le rôle de la communauté musulmane dans la Résistance.  Alors dirigée par le controversé  Si Kaddour Benghabrit, la mosquée de Paris a notamment délivré des faux-papiers à des juifs pour leur permettre d’échapper aux rafles en passant pour des « mahométans ».

Parmi eux, le chanteur Salim Halali. Sa voix et sa personnalité vont séduire Younes, jeune émigré algérien incarné par Tahar Rahim,  qui va  peu à peu se métamorphoser en militant de la liberté. « Sa politisation donne un sens à sa vie », souligne l’acteur révélé par « Un prophète » de Jacques Audiard. « Mais j’ai eu très peu de travail à faire sur le plan physique, tout se joue au niveau du scénario qui est tellement riche », ajoute-t-il, pourtant bouleversant dans ce rôle. Si le Recteur incarné par Michael Lonsdale et le chanteur incarné par Mahmoud Shalaby ont bien existé, Younes, lui, est un personnage de fiction. A travers lui, le réalisateur Ismaël Ferrhouki «veu[t] rendre hommage à tous ces hommes invisibles qui se sont battu pour leurs idées ».

Paris oriental

Le spectateur suit Younes dans les méandres d’un Paris oriental surprenant: la mosquée bien sûr, mais aussi un cabaret, un hôpital et un cimetière, ou encore les restaurants et les hôtels dans lesquels vivaient les ouvriers émigrés. Cet univers magrébin au cœur de la capitale occupée, Ismael Ferrhouki l’a reconstitué au fil de ses recherches. Epaulé par les historiens Benjamin Stora et Pascal Le Pautremat, le réalisateur a voulu que son film soit le plus fidèle possible à cette époque encore trouble. Aux dépends de l’esthétique et de l’action, comme le suggèrent certaines critiques françaises ? « J’aurais pu faire deux millions d’entrées mais  en servant les propagandistes », se défend Ismaël Ferroukhi. « Je n’ai pas fait un film de super héros, mais un film d’hommes ordinaires. »

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